Des livres extraordinaires pour les 6-11 ans

Par Marie-Eve Shank et Pascale Clavel, enseignantes

Il n’y a pas une semaine qui ne passe sans que j’aie envie de vous parler de littérature jeunesse… Je vous retrouve aujourd’hui avec d’autres merveilleux titres que j’ai reçus grâce au Prix des libraires du Québec, mais aussi aux éditeurs avec lesquels je travaille avec beaucoup de plaisir. Je devais justement effectuer une petite rotation dans le coin lecture de mes enfants ce week-end, alors ça tombe bien! À quelle fréquence changez-vous les titres de vos cocos dans leur petit nid de lecteur du soir? (ou du midi, cela dépend)? Pour ma part, cela prend de deux à quatre semaines avant qu’ils manifestent un certain désir de lire autre chose, mais cela dépend aussi du nombre d’albums que je mets à leur disposition…

Aujourd’hui, il s’agit d’une sélection pour les 6- 9 ans que j’ai préparée à l’aide de ma collaboratrice enseignante Marie-Eve, mais sachez que l’âge n’est mentionné qu’à titre indicatif seulement. Vous êtes libres d’exploiter les livres que vous mettez entre les mains de vos cocos comme bon vous semble, car vous êtes les mieux placés pour connaître les intérêts, mais aussi les points sensibles de vos petits chats…

Madame Grisemine et le petit chenapan, Marie-Francine Hébert, Mathieu Lamperon, éditions de la Bagnole, 4 ans et plus (âge recommandé par UABDM)

Les relations intergénérationnelles peuvent être tellement riches. Ces personnes plus âgées possèdent le temps d’écouter et de s’amuser avec les plus jeunes alors que ceux-ci peuvent s’imprégner de l’expérience et des histoires de leurs compagnons plus âgés. Cette richesse est exploitée dans une œuvre magnifiquement bien ficelée :  « Madame Grisemine et le petit chenapan ».

Madame Grisemine vit une profonde solitude. Ses journées sont longues et dénuées de sens. Mais voilà qu’un petit chenapan brise la fenêtre de son salon avec une balle. Contre toute attente, il vient s’excuser et lui apporter des fleurs ainsi qu’un peu de monnaie pour tenter de réparer son geste. Et c’est ainsi que, peu à peu, le petit garçon remet de la couleur dans la vie de madame Grisemine…

Ce livre peut être exploité en classe ou à la maison en abordant le thème des préjugés. D’un côté, on pourrait lister les préjugés ou les stéréotypes qu’on peut avoir sur les personnes âgées, et de l’autre, ceux d’un enfant. C’est aussi un bel album pour initier une réflexion ou un projet intergénérationnel. D’une manière ou d’une autre, la lecture de cet album saura réchauffer les cœurs de quiconque. Un livre pour tous les âges !

Petit Jim, Kiki et la camionnette, Gilles Chouinard, Caroline Hamel, éditions de la Bagnole, 5 ans et plus (âge recommandé par UABDM)

J’ai toujours aimé les livres des éditions La Bagnole. Cette fois-ci, je vous présente Petit Jim, Kiki et la camionnette, un livre de Gilles Chouinard qui raconte un événement important de son enfance dans les années 1960. Il a reçu à son anniversaire un petit chien qu’il a appelé Kiki. Celui-ci est rapidement devenu son meilleur ami, le suivant partout et faisant plusieurs activités avec lui.

Malheureusement, un jour, alors qu’ils jouaient ensemble, Kiki a voulu rejoindre Jim de l’autre côté de la rue, mais il s’est fait frapper par une camionnette. Par la suite, on y détaille la mort de l’animal ainsi que le rituel qui s’en suit. Avant de l’enterrer, Petit Jim laisse tomber des framboises qu’il a cueillies dans le trou. L’histoire se termine en racontant qu’on retrouve aujourd’hui à cet endroit précis les meilleures framboises du monde.

Comme enseignant, on aime bien avoir un bon livre en réserve pour discuter du deuil avec nos élèves. Le deuil d’un animal est d’autant plus pertinent puisqu’il est très près de la réalité de plusieurs. À la fin du livre, petit Jim arrive à faire une partie de son deuil à l’aide les rituels qui entourent la mort de son animal. Il peut être très pertinent d’utiliser ce livre pour aborder ce thème et discuter des étapes du deuil ou encore des façons de vivre ses émotions. On peut aussi l’utiliser pour parler du lien qui peut unir un enfant à un animal de compagnie. En effet, plusieurs enfants ont un animal qui leur apporte énormément, alors il peut être intéressant d’en faire le parallèle. Il est facilement exploitable en éthique et culture religieuse si vous êtes enseignantes.

Il est accessible pour tous les niveaux par la simplicité de son texte. Les images sont aussi très bien réalisées, dans un style un peu rétro. C’est définitivement un magnifique livre que je recommande à tous les enseignants et parents.

Seul(s) au monde, Clémentine du Pontavice, éditions École des loisirs, 6 ans et plus (âge recommandé par UABDM)

Chaque année, dans nos classes, nous rencontrons des enfants qui sont différents. Que ce soit par la couleur de leur peau, leur origine ethnique, leur religion ou encore une maladie ou un handicap, ils doivent vivre avec la difficulté d’être acceptés par les autres. C’est exactement ce qui est raconté dans le petit livre “Seul(s) au monde ?” Dans cette histoire, les enfants sont représentés par des petits bonhommes jaunes, ce qui est intéressant pour se détacher de la réalité et peut-être ainsi faire en sorte de moins pointer certains enfants en particulier lors de la lecture.

On exprime donc comment se sentent certains enfants qui sont différents. On parle d’un enfant qui est foncé alors que ses parents sont clairs, d’un autre qui a une maladie qui lui donne des taches… Chaque fois, on y retrouve la même phrase qui peut porter à réflexion : “Il ne fait pourtant de mal à personne”.  À la fin, les enfants différents osent s’exprimer et demander aux autres pourquoi ils réagissent ainsi et chacun se vide le cœur. L’histoire se termine par l’acceptation des différences.

Ce livre peut être très riche pour aborder toute la notion de différence et d’acceptation, mais aussi pour parler du caractère unique de chacun. Dans ma classe, j’utilise cette thématique chaque année pour ensuite demander aux enfants ce qui les rend uniques et différents. Ils peuvent alors exprimer, sous forme d’un blason, quatre caractéristiques qui les distinguent. Peu importe ce que vous faites déjà dans vos classes, ce petit livre peut très bien s’intégrer comme amorce. Il est accessible pour tous les niveaux.

Florette, Anna Walker, éditions Kaléidoscope, 4 ans et plus (âge recommandé par UABDM)

Le changement n’est pas toujours facile. S’adapter peut prendre du temps et demande de la résilience. Dans le livre Florette, une petite fille déménage et quitte sa campagne pour la ville. Ce qui lui manque le plus, c’est son jardin. La nature lui manque dans cette ville remplie de lampadaires, de béton et d’asphalte. Alors elle cherche désespérément un petit bout de nature qui lui rappellera sa vie d’avant. C’est devant un fleuriste qu’elle découvre ce qu’elle cherche, juste une toute petite branche qu’elle plantera et qui lui permettra ensuite de créer à nouveau un jardin dans sa demeure.

En plus d’aborder le thème du changement et de la résilience, ce livre peut être utilisé de différentes façons. D’abord en sciences, il peut servir d’amorce au thème de l’univers vivant. Il serait d’ailleurs très pertinent de l’utiliser avant de faire pousser des graines ou des fleurs comme projet. On peut aussi s’en servir pour faire réfléchir les élèves à ce à quoi ils tiennent, ce qu’ils voudraient amener partout avec eux…. Si vous êtes parents et que vous déménagez ou encore, si votre coco vit un changement d’école ou de garderie, ce titre est pour vous !

Nous sommes là, Olivier Jeffers, éditions Kaléidoscope, 5 ans et plus (âge recommandé par UABDM), finaliste du Prix des libraires du Québec 2020

Ce livre est tout simplement fantastique! Sa forme éclatée et son discours à la fois scientifique et philosophique en font un véritable bijou tout en originalité. L’auteur a justement écrit cet album pour son fils alors qu’il n’était qu’un bébé afin de lui expliquer comment fonctionnait notre belle et grande planète Terre…

Chaque page offre une double lecture (ou deux niveaux) : un discours narratif qui nous renseigne sur des faits généraux et qui peut être interprété à l’aide des illustrations magnifiques, regorgeant de détails. Et un discours informatif qui nous renseigne sur un tas de choses concernant la vie sur terre. Les enfants peuvent donc s’approprier ce livre à leur façon au fur et à mesure qu’ils grandissent.

En classe, il est possible de l’exploiter en sciences, bien entendu, mais aussi en éthique et culture religieuse, car il véhicule de belles valeurs quant à la différence et à l’inclusion.

Capitaine Rosalie, Thimotée de Fombelle, Isabelle Arsenault, éditions Gallimard-Jeunesse, 9 ans et plus (âge recommandé par UABDM)

Quel duo incroyable qu’est Thimothée de Fombelle et Isabelle Arsenault ! Cette lecture est tout simplement renversante et extrêmement touchante. La petite Rosalie a 5 ans et nous sommes situés en pleine guerre 1914-1918. Elle vit seule avec sa mère, car son père est à la guerre…

Comme sa maman doit travailler en usine, elle est obligée de s’asseoir en classe avec des garçons plus vieux qu’elle, puisque sa mère n’a aucun autre endroit où la déposer pendant qu’elle travaille. Rosalie se donne donc une mission de la plus haute importance, alors qu’elle demeure silencieuse, assise sous les crochets couverts de manteaux, tout au fond de la classe…

L’horreur de la guerre et le monde de l’enfance se côtoient ici avec une délicatesse et une finesse incroyables. Rosalie sait que la guerre cache des secrets et que sa mère ne lui dit pas toute la vérité… Sa curiosité et sa sensibilité d’enfant finiront par triompher et la mèneront à une ultime étape, une sorte de passage que l’on peut aisément mettre en parallèle avec le jeune soldat que l’on décore pour sa bravoure.

Un album à utiliser au primaire, mais aussi au secondaire pour aborder le contexte social et économique de la guerre 14-18.

Anatole qui ne séchait jamais, Stéphanie Boulay, Agathe Bray-Bourret, éditions Fonfon, 6 ans et plus (âge recommandé par UABDM), finaliste du Prix des libraires du Québec 2020

Régine a un petit frère de 4 ans bien spécial : il pleure toujours, pour tout et pour rien. Son papa fait de son mieux pour le faire rire et sécher enfin ses larmes, mais rien n’y fait… Régine décide alors de “se pencher sérieusement” sur le cas de son petit frère Anatole, car elle l’aime beaucoup et souhaite ardemment que leur famille puisse vivre des moments plus légers comme boire des jus de fruits au dépanneur du coin après une balade à vélo.

En fine détective qu’elle est, Régine se rend compte qu’Anatole a besoin d’être en cohérence avec ce qu’il est vraiment à l’intérieur de lui-même. Elle part donc à la recherche de vêtements, fait le tri dans leurs jouets et lui propose une nouvelle coupe de cheveux… Tous ses efforts finissent par porter fruit.

Une réflexion merveilleuse sur l’unicité de chaque individu et la nécessité de se libérer des carcans, des stéréotypes pour “se trouver” et être heureux. Un trésor littéraire à avoir absolument en classe ou dans la bibliothèque familiale.

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