Es-tu une guerrière?

Il y a un mois, “Coffe Blocks” a affiché une vidéo sur les mamans dites “inspirantes” sur sa page facebook. Je suis en retard, je sais, mais elle vient tout juste de rebondir dans ma propre cour virtuelle…

Je ne m’étendrai pas sur le plan d’affaires de cette compagnie (puisque ce n’est pas tellement ça qui m’intéresse), mais plutôt sur le message de cette vidéo. Pour une raison qui d’abord  m’échappait, elle m’a fait pleurer ma vie. Surprise! Pourquoi? Est-ce ma nouvelle sensibilité de maman également responsable de ce type de débordements émotifs qui font que je larmois à chaque fois qu’Elsa entame:”Libérée, délivrée” (et que c’est beau, ces paroles-là…) Même chose quand la mère de Cendrillon meurt dans le dernier film (bien quoi, elle lui dit d’être courageuse pis touttepis toutte!) En fait, non, ça n’a rien à voir… Mais avant, un petit visionnement s’impose:

Au départ, je me suis demandé si c’était une bonne idée que les enfants voient leurs mères s’entraîner avec autant d’ardeur. Au début de mes cours de cardio-poussette, je me suis questionnée quant à ce que mon enfant retiendrait de ces séances où elle me voyait m’activer dans tous les sens comme si ma vie en dépendait… Car vous l’avez deviné, je suis très préoccupée par le rapport au corps, au sport, à la nourriture qui peuvent rapidement devenir des pièges dans lesquels on peut se faire littéralement aspirer.

Mes enfants allaient-ils associer le sport à une quête de la minceur maladive? À un brûle-calories garant de bonheur éternel, ainsi soit-il, amen? Ou pire, à une forme d’esclavage pour atteindre cette image du corps parfait dépourvu de son humanité?

Je me suis dit que tout était une question d’éducation. Mais ça m’a quand même fait réfléchir sur les raisons pour lesquelles je m’entraînais. Je mentirais en disant qu’il n’y avait pas un souci esthétique derrière tout ça; je ne reconnaissais plus mon corps transformé par la grossesse, mais à chaque jour, j’essayais de l’apprivoiser. Sauf que l’entraînement a ceci de particulier: peu importe les raisons qui nous poussent à commencer, on devient accroc.

Parce qu’il y a quelque chose de bien plus grand que la quête de la silhouette de rêve dans le sport. Il y a le sentiment d’accomplissement immédiat, celui de puissance qui va avec. C’est une sensation qui a tout de primitif, j’imagine. On se mesure aux autres, mais encore plus important, à soi-même. On frôle le secret espoir d’aller toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus fort. “Citius, altius, fortius”. Les athlètes olympiques carburent à ça, le désir de dépassement. Et gageons qu’ils n’en ont plus rien à battre du corps de rêve!

sport kids photo

 Les enfants n’ont plus d’ailleurs! Je me souviens de mes cours d’éducation physique où mon professeur nous disait : “Vas-y, té capable!” Ou encore :”Pas Capable est mort, son petit frère s’appelle Essaye!” Je n’oublierai jamais ce sentiment de fierté quand j’y arrivais. On dit que le sport à l’école, ça développe l’estime de soi et l’esprit d’équipe. Vraiment pas certaine que le culte de l’image puisse en faire autant…

Alors pourquoi court-on, pourquoi rame-t-on, pourquoi pédale-t-on? Probablement parce que ça nous prouve qu’on “est capable” dans les autres sphères de notre vie! C’est peut-être pour ça que je “braille” quand je regarde cette vidéo. Parce que les mères (les pères aussi) partagent toutes un même désir profond: que leurs enfants soient fiers d’elles, qu’ils retirent le meilleur de ce qu’ils voient. On voudrait tous insuffler à nos enfants ce genre de force primitive, cette fièvre compétitive qui fait de nous des battantes, des survivantes. Avec tout le code d’éthique qui va avec.

Au diable la quête du corps au pourcentage de graisse invisible, puisque cette relation symbiotique avec notre miroir n’a comme seul effet d’aspirer petit à petit cette âme de guerrière tellement plus inspirante qu’une pièce de viande bien découpée.

Note : Il y a toutefois un truc qui me rend inconfortable avec la vidéo: ce sont les enfants qui ont l’air mécontent que leurs mamans s’entraînent en leur présence. Personnellement, je trouve qu’on a déjà du mal à passer du temps avec eux, alors…

Pascale Clavel

Pascale est la maman de « Princesse-Petit-Chat» (4 ans) et de "Bébé-P'tit-Loup-d'Amour". Avant d'être leur maman, elle était enseignante de français et de littérature, mais elle a aussi eu de précieux moments avec les plus petits, à l'école primaire. Les mots et elle, c'est une grande histoire d'amour qui a officiellement pris son envol sur les bancs de l'Université de Montréal, en création littéraire...

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