Quand notre enfant refuse de manger…

PAR JESSICA  ROUSSEAU DE MAMANÉDUCATRUCS

Vers plus ou moins 2 ans et puis à nouveau vers 3-4 ans, il se peut fort bien que votre tout-petit ne veuille plus rien manger. Du moins, il voudra décider!

Je me rappelle ma première fille, nous étions dont inquiets de la voir ne presque rien manger et lever le nez même sur des aliments qu’elle avait l’habitude d’adorer. Les repas devenaient une source de négociation plus que de plaisir. Comme parents, nous avons fait des erreurs. Nous manquions d’expérience. Oui, c’est parfois une période énergivore, mais ça passe. Pendant que tu es en plein dedans, sache qu’il y a de meilleurs stratégies que de compter les bouchées pour qu’il mange à tout prix. Ton enfant ne se laissera pas mourir de faim.

Je suis Jessica Rousseau, Technicienne en éducation spécialisée et fondatrice de MamanÉducatrucs. Je te donne quelques pistes d’interventions pour ton coffre à outils de super-parent.

Affirmation et désir de contrôler

C’est normal, le refus de manger; le besoin de contrôler son alimentation est l’expression de son affirmation. Il cherchera à trouver du contrôle et faire valoir son pouvoir là où il le peut. Qu’on le veuille ou non, il contrôle ce qui rentre dans sa bouche! On ne peut pas le forcer à manger. Cependant, s’il peut choisir ce qui y rentre, nous pouvons choisir ce qu’on lui présente.

Alors, chers parents, vous gérez la qualité, il gère la quantité. 😉

Quelques trucs pour augmenter la coopération et l’intérêt de l’enfant

Si on voudra lui accorder un certain pouvoir, on choisira de créer des contextes où il peut l’exercer.

AVANT l’heure du repas

  • Le faire participer à la préparation du repas, en fonction de son âge. Demandez-lui de sortir les aliments du réfrigérateur, laver les légumes, mélanger une préparation, casser les œufs, assembler une salade, etc.
  • Créer une ambiance et sortir des sentiers battus. Jouez avec la lumière en utilisant des bâtons lumineux, utilisez une nappe en papier et y colorier, déposez un bouquet de fleurs en carton que vous aurez préalablement bricolé ensemble, faites jouer une liste de chansons de ses films préférés, etc.
  • Prévoir des places prédéfinies pour éviter la négociation puis, utilisez le changement de place comme un privilège.
  • Le faire participer au menu de la semaine. Regardez avec lui un livre de recettes et faites-lui choisir une page, faites-le découper les aliments dont il a envie dans un circulaire, etc.
  • Utiliser ses intérêts pour lui offrir des couverts captivants (personnages Disney, thème de dinosaures, thème des planètes, etc.)

PENDANT l’heure du repas

  • S’asseoir tous ensemble afin de partager un moment agréable en famille.
  • Placer les aliments sur la table et laisser l’enfant se servir. Optez pour une table dressée comme un buffet.
  • Faire de chaque assiette un exemple. Goûtez et mangez les mêmes aliments que ce que vous aimeriez qu’il mange.
  • Intégrer des jeux rituels: « Quel a été ton moment préféré, aujourd’hui? » « Devine combien de fois j’ai…? » Faites un jeu de devinettes, racontez des histoires d’enfance, etc.

APRÈS l’heure du repas

  • Validez avec l’enfant s’il a terminé de manger avant de débarrasser.
  • Rappelez-lui que le repas est alors terminé et que la collation se prendra seulement plus tard.
  • Soulignez sa belle curiosité s’il a goûté à de nouveaux aliments.
  • Mettez l’accent sur le plaisir que vous avez eu à l’heure du repas.

Les interventions à ÉVITER

S’il peut devenir difficile de ne pas trop insister auprès de l’enfant, il faudra quand même éviter que cette phase devienne un cercle vicieux. Plus la situation s’étirera, plus les repas en famille pourront être associés à des conflits.

Si l’heure du repas se transforme en situations de crise de fois en fois, l’enfant redoutera ce moment avant même d’être à la table. Déjà, il ne sera pas disposé à manger. Tout le monde sera tendu.

Gardez ce moment agréable et éviter le plus possible certaines méthodes.

  • Évitez de le culpabiliser. « Tu ne manges pas? J’ai fait tout cela pour rien. »
  • Évitez de compter les bouchées, d’augmenter les portions ou de lui dire de vider son assiette.

L’enfant doit apprendre à manger à sa faim plutôt que de manger pour vous faire plaisir ou éviter d’être puni.

  • Évitez toute forme de menace, de chantage ou de punition en lien avec la quantité de nourriture qu’il a mangé. C’est un mauvais message. On veut qu’il mange pour se nourrir, pas par crainte d’être privé ou puni.
  • Évitez de le forcer à goûter un aliment qui ne lui fait pas du tout envie. Il sera encore plus méfiant et rebuté.
  • Évitez aussi d’instaurer un système de récompense en lien avec la quantité de nourriture avalée. L’enfant ne doit pas manger pour gagner un privilège, mais parce qu’il a faim.
  • Évitez de mettre l’enfant en retrait parce qu’il ne mange pas. Il peut partager le moment en famille avec vous, même s’il refuse de manger.
  • Évitez de laisser l’heure du repas s’étirer. S’il avait faim ou s’il aimait vraiment cela, il aurait déjà mangé.
  • Évitez de garder son assiette pour plus tard. Quand c’est fini, c’est fini. Il aura sa collation habituelle lorsque le temps sera venu.
  • Évitez de le priver de sa collation parce qu’il n’a pas mangé lors du repas. Cependant, on gère la qualité. On offre un aliment sain et nutritif.
  • Évitez de le critiquer devant tout le monde ou de le comparer à d’autres. On augmentera l’impression que l’heure du repas est un problème.
  • Évitez l’utilisation d’écrans, pendant le repas. C’est un moment pour échanger. De plus, la difficulté d’attention chez certains enfants les empêchera de faire deux choses à la fois.
  • Évitez d’acheter la paix avec des « cochonneries » pour mettre fin à une crise. 😉

Laissez-lui plutôt du contrôle tout en gardant des limites

  • Priorisez une approche qui veut dire : « C’est maintenant l’heure du repas. Tu peux goûter et choisir les aliments que tu aimes. »
  • Gardez en tête que le « dessert » est un complément au repas. On lui offrira quand même un yogourt ou un fruit avec un morceau de fromage même s’il n’a pas tout mangé les autres aliments.
  • S’il a faim, il sera plus irritable et plus vulnérable à faire des crises. Ainsi, s’il est dans une période où il mange peu, optez pour des choix de collations saines et nutritives.
  • Sachez aussi que le sens du goût change constamment. Il peut donc aimer un aliment une journée et pas l’autre. Sachant cela, l’enfant peut goûter plusieurs fois un aliment en ne l’aimant pas puis, en raffoler un peu plus tard.
  • Tentez de varier les textures et la cuisson. Il se peut qu’il n’aime pas le poivron cuit, mais qu’il l’adore en crudités. Il se peut qu’il n’aime pas le fromage en bâtonnet, mais qu’il adore le grignoter râpé.
  • Tenez compte que l’enfant est méfiant devant la nouveauté. Si on enchaîne les nouvelles recettes et qu’on change toute notre présentation des aliments…Il aura tendance à s’opposer. Gardez des repères et des repas qu’il aime dans votre menu.
  • Rassurez-vous en vous rappelant que l’appétit change. Parfois, ils ne mangeront que l’équivalent d’un seul bon repas par jour avec de petites collations et d’autres fois, vous aurez l’impression qu’il mange autant que vous.
  • Comme nous, ils ont leurs préférences! C’est normal. Il mangera peut-être avec appétit les repas de pâtes et très peu les mijotés de viande. Pas de problème! Il se reprendra ailleurs.

Mon truc à la garderie

Comme certains enfants à ma garderie pourraient moins préférer un repas qu’un autre ou être exposés à une cuisine différente de leurs habitudes à la maison, j’offre 3 services. Ainsi, ils peuvent répondre à leurs besoins physiologiques. En entrée, ils ont toujours un choix varié de crudités et trempette, un repas principal et un yogourt avec biscuit à thé.

De plus, il y a toujours des repas gagnants au courant de la semaine. Ainsi l’enfant sait que s’il aime moins le menu d’une journée, il n’aura pas à appréhender chaque repas. Il retrouvera des repas qu’il adore à d’autres moments dans la semaine et cela évitera que l’heure du repas devienne un moment qui le rebute.

Nous avons aussi des petits rituels amusants qui rendent le moment agréable et que les enfants attendent avec impatience. Une chanson thème, un exercice de respiration loufoque, un jeu avec les notions du calendrier ( date, jour, mois), un jeu des couleurs avec les couverts, un ami du jour avec son verre spécial, etc.

Mon mot de la fin

Comme bien d’autres phases, ça finit par passer! Restez patient. Ne le forcez pas. Continuez de lui offrir de bons aliments. Surtout, faites-en sorte que toute l’attention ne soit pas sur ce qu’il avale. Il doit se sentir bien à l’heure du repas. Amusez-vous, le reste suivra! Même si vous adaptez peut-être un peu votre façon de cuisiner et vos choix de menu pour lui plaire, continuez quand même de lui présenter de la diversité.

S’il a faim, il mangera! Ne vous inquiétez pas trop!

En cas d’inquiétude, s’il présente des signes de carence ou une perte de poids, parlez-en à son médecin.

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Crédit-photo : freepik

Jessica Rousseau
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