Suggestions littéraires pour faire comprendre un peu mieux le monde autochtone aux enfants de 3 à 12 ans

PAR LA CLASSE NATURE, UNE ENSEIGNANTE ALLOCHTONE

À la suite du mouvement anti-racisme et de l’affaire #justicepourgeorgesflyod, j’ai eu envie de vous partager des albums jeunesse et des romans mettant en vedette des personnages autochtones afin de mieux connaître cette culture, d’ouvrir nos enfants à la diversité et à une partie de leur pays dont ils ignorent parfois tout. Parce que c’est en éduquant qu’on forme des citoyens respectueux et ouverts d’esprit, j’ai demandé à Marie Chamberland, enseignante et fondatrice de La Classe Nature, de nous partager ses coups de cœur; elle qui s’y connaît bien puisqu’elle vit et exerce sa profession dans le nord du Québec auprès d’une communauté Crie. Par la suite,  j’ai poursuivi mes réflexions en ajoutant de nouveaux titres parus récemment.

Les suggestions de Marie

1.Nibi a soif, très soif, Sunshine Tenasco &  Lady Bird Chief

Résumé : Nibi (dont le nom signifie « eau » dans la langue anishinaabe) est une jeune fille autochtone à la recherche d’eau potable. Elle a très soif et essaiera de trouver différentes solutions afin de pouvoir boire de la bonne eau.

Réflexion à faire avec les enfants : Plusieurs communautés autochtones à travers le Canada (et dans le monde) n’ont pas accès à de l’eau potable, puisque l’eau des rivières est polluée et contaminée. Les gens doivent donc la faire bouillir avant de la boire, de cuisiner ou de se brosser les dents ! Autrefois, les gens pouvaient boire l’eau des rivières, mais à cause de la pollution, ils ne peuvent plus. On est chanceux d’avoir accès à de l’eau potable, alors il ne faut pas la gaspiller, et il faut prendre soin de l’environnement et de nos rivières.

2.Kulu adoré, Célina Kalluk & Alexandria Neonakis

Résumé : Kulu (dont le nom signifie « attachement » dans la langue Inuktitut) est un nouveau-né qui reçoit différents cadeaux des animaux de l’Arctique. C’est un poème tout en tendresse qu’une mère adresse à son enfant, sur ce qu’elle lui souhaite pour l’avenir.

Réflexion à faire avec les enfants : Chaque communauté autochtone a des valeurs importantes qu’elle transmet à ses enfants. Les valeurs inuites traditionnelles sont tournées vers l’amour et le respect de sa terre et de ses animaux, et il est donc très important d’en prendre soin.


3.Parfois je suis un renard, Danielle Daniel

Résumé : Dans ce livre poétique, douze enfants montrent l’animal auquel ils s’identifient le plus, selon la tradition anishinaabée.

Réflexion à faire avec les enfants : Ce livre est une petite introduction aux animaux totémiques de la tradition anishinabée. Chaque communauté autochtone à travers le monde a des animaux totémiques différents en fonction de ceux qui vivent sur son territoire. Quel animal te représente le plus d’après toi ? Pourquoi ?

4.Les mots volés, Mélanie Florence & Gabrielle Grimard

Résumé : Une petite fille demande à son grand-père de dire un mot en langue crie; la langue qu’il a appris lorsqu’il était petit. Celui-ci est triste lorsqu’il réalise qu’il l’a oublié, à cause des années passées dans les écoles résidentielles où il ne pouvait pas la parler. Il dit qu’il a « perdu les mots », et sa petite-fille essayera de l’aider à les retrouver.

Réflexion à faire avec les enfants : Durant environ 150 ans, il y a eu au Canada des écoles résidentielles où on envoyait tous les enfants autochtones, pour qu’ils « deviennent » comme les occidentaux. On leur interdisait de parler leur langue, de porter leurs vêtements traditionnels ou de tout simplement être ce qu’ils sont. C’était obligatoire d’y aller et beaucoup de personnes ont eu des traumatismes après en être sortis. Nous sommes chanceux de pouvoir montrer qui nous sommes sans avoir peur. Nous sommes chanceux de pouvoir aller dans une école qui nous traite bien. Il faut accepter les différences et comprendre que notre monde est bien plus beau avec toutes ses langues et ses cultures.

 

5.Mon nom est Tonnerre, Sherman Alexie & Yuyi Morales

Résumé : Tonnerre Junior a le même nom que son père, mais il aimerait avoir son nom à lui, un nom qui le représente. Son père va lui donner un nouveau nom qui sera à son image.

Réflexion à faire avec les enfants : Nous avons tous un nom qui nous représente, mais qui représente aussi notre famille et d’où nous venons. Il faut être fier de nos origines, et ne pas avoir peur de les exprimer. Connais-tu des personnes avec des noms différents ?

6.Un ours pour déjeuner, Robert Munsch & Jay Odjick

Résumé : Autrefois, le grand-père d’Antoine mangeait de l’ours pour déjeuner, alors c’est ce qu’Antoine aimerait manger ce matin. Par contre, il n’y en a pas dans le réfrigérateur … Il décide donc de prendre son courage à deux mains et d’aller en attraper un !

Réflexion à faire avec les enfants : Pendant longtemps, plusieurs communautés autochtones ne mangeaient que ce qu’ils chassaient et cueillaient. Aujourd’hui avec les épiceries et les restaurants, ils n’en ont plus besoin. Toutefois, beaucoup d’autochtones continuent de manger de l’oie, de l’ours, du castor, et plusieurs autres animaux qu’on retrouve dans les forêts et les lacs du Québec et du Canada. Qu’est-ce que tu aimes manger toi pour déjeuner ?

7.Mamaqtuq, Eric Kim & The Jerry Cans

Résumé : Durant un beau matin de printemps, un groupe d’amis décident d’aller chasser le phoque pour en faire un délicieux ragoût.

Réflexion à faire avec les enfants : Dans les communautés Inuits, la chasse au phoque est encore très répandue et cet animal fait partie d’une bonne partie de leur alimentation. C’est beaucoup de travail, et ce n’est pas aussi facile qu’aller à l’épicerie ! Il faut être reconnaissant pour toute la nourriture déjà prête à manger qu’on peut acheter aussi facilement. Autrefois, ce n’était pas aussi facile !


8.Notre première chasse au caribou, Chris Giroux & Jennifer Noah

Résumé : Nutaraq et Simonie vont à leur premier voyage de chasse avec leur père. Nutaraq espère pouvoir attraper son premier caribou ! C’est un beau livre pour faire comprendre le processus de chasse dans les communautés autochtones.

Réflexion à faire avec les enfants : La chasse ce n’est pas facile et il faut être très patient ! Il faut suivre plusieurs consignes et comprendre les bases, les techniques et les valeurs traditionnelles quant au traitement de l’animal. Bien sûr, le partage est aussi très important; il ne faut rien gaspiller !
Est-ce que tu aimerais aller chasser ?


9.À la pêche avec grand-maman, Susan Avingaq & Maren Vsetula

Résumé : Grand-maman apporte ses deux petits-enfants au lac, pour un petit voyage de pêche sur la glace. Elle leur explique comment se préparer et quoi faire pour réussir à attraper des poissons. C’est un beau livre pour faire comprendre comment la pêche sur glace se passe dans les communautés nordiques éloignées.

Réflexion à faire avec les enfants : La pêche sur glace ce n’est pas facile et il faut être très patient ! Il faut suivre plusieurs consignes et comprendre les bases, les techniques et les valeurs traditionnelles quant au traitement de l’animal. Bien sûr, le partage est aussi très important; il ne faut rien gaspiller !
Est-ce que tu aimerais aller pêcher sur la glace ?

10.Kamik le chiot inuit (et les suites de la collection), Donald Uluadluak & Qin Leng

Résumé : Jake a enfin un petit chiot à lui ! Il a bien hâte qu’il devienne un chien de traîneau très rapide. Mais pour l’instant, Kamik n’écoute pas Jake et il ne sait pas quoi faire pour qu’il soit plus obéissant.Son grand-père qui a eu beaucoup de chiens va l’aider en lui enseignant les techniques Inuit pour qu’il devienne un chien de traîneau à l’écoute. Inspiré par les souvenirs réels d’un aîné d’Arviat, au Nunavut, ce livre recrée avec amour les pratiques traditionnelles d’élevage de chiens, qui étaient très importantes lorsque les Inuits comptaient sur eux pour leur transport et leur survie.

Réflexion à faire avec les enfants : Dans certains communautés autochtones, les chiens ne sont pas vus de la même façon que dans les grandes villes. Ce sont des outils, pas seulement des animaux de compagnie qu’on garde dans les maisons. On les utilise pour se protéger des animaux dangereux, pour aider à la chasse, mais aussi pour pousser des traineaux. Est-ce que tu as un chien ? Est-ce qu’il pourrait faire tout ceci tu penses ?

Les suggestions de Pascale

11. AWÂSIS ET LA DÉLICIEUSE BANNIQUE, DALLAS HUNT, AMANDA STRONG, SCHOLASTIC, 3 ANS ET PLUS, ISBN: 9781443185592

Résumé : Cet album est merveilleux pour les plus petits, car il contient la véritable recette de bannique à la fin! Une petite fille doit apporter des banniques à un proche de la famille. Hélas, elle s’amuse en route et les échappe dans la rivière! Les animaux qu’elle rencontre sur son chemin l’aident en lui fournissant chacun un ingrédient (qui sont écrits en langue crie). Elle cuisine ainsi de nouvelles banniques avec l’aide de sa grand-mère afin de les remplacer.

Réflexion à faire avec les enfants : La bannique est un met traditionnel autochtone. Chez vous, avez-vous un met traditionnel québécois que vous faites souvent? Est-ce que tu aimerais cuisiner la véritable bannique avec tes parents?

12. Quand j’avais huit ans, Christy Jordan-Fenton, Margaret Pokiak-Fenton, Gabrielle Grimard, Scholastic, 6 ans et plus, ISBN: 9781443174107

Résumé : Cet album raconte la véritable histoire de Margaret Fenton, une petite Inuite qui a quitté sa communauté pour aller étudier dans un pensionnat d’Aklavik, à 5 jours de bateau de chez elle. Il est en fait la version “pour les plus petits” du roman “Les bas du pensionnat” publiés par les mêmes autrices. Margaret a maintes fois supplié son père pour aller à l’école des “étrangers” afin d’apprendre à lire comme sa grande sœur. Mais les religieuses et les autres filles du pensionnat lui mènent la vie dure et tente de l’humilier…

Réflexion à faire avec les enfants : Les pensionnats autochtones font partie d’une période très sombre de notre histoire. Les enfants n’y étaient pas toujours bien traités et ils devaient renoncer à leur culture et à leurs traditions. Si tu avais à décrire l’école idéale pour tous les enfants de l’époque, comment serait-elle?

 

13. OÙ EST MA FILLE ?, CHRISTY JORDAN-FENTON, MARGARET POKIAK-FENTON, GABRIELLE GRIMARD, SCHOLASTIC, 6 ANS ET PLUS, ISBN: 9781443196567

Résumé : Il s’agit de la suite de “Quand j’avais huit ans.” Margaret revient du pensionnat en bateau. Elle est fébrile et a hâte de retrouver les siens. Toutefois, sa mère semble la rejeter, car elle a oublié sa langue et les traditions de sa communauté… Margaret devra ainsi réapprendre à faire sa place au sein de sa famille et dans son village.

Réflexion à faire avec les enfants : Les incompréhensions liées à la culture et aux choix que l’on fait provoquent parfois des conflits, même dans notre propre famille. Est-ce qu’il t’est déjà arrivé d’être en désaccord avec tes parents? Comment avez-vous réussi à mieux vous comprendre?

14. Les bas du pensionnat, Christy Jordan-Fenton, Margaret Pokiak-Fenton, Liz Amini-Holmes, Scholastic, 9 ans et plus, ISBN: 9781443111041

Résumé : Voici l’œuvre originale de Christy et Margaret Fenton sur laquelle ont été basés les albums “Quand j’avais huit ans” et “Où est ma fille?”. Agrémentée d’illustrations saisissantes et de photos dévoilant les visages de la véritable Margaret et de sa famille, cette œuvre essentielle et magistrale nous captive du début à la fin.

Piste de réflexion à faire avec les plus grands : Margaret est victime d’injustice et d’intimidation de la part d’une religieuse et aussi, de ses camarades. Est-ce qu’une adulte devrait agir ainsi avec une enfant? Pourquoi? Quelles sont les caractéristiques de l’intimidation que tu reconnais dans la situation de Margaret?

15- Nous sommes les protecteurs de l’eau, Carole Lindstrom, Michaela Goade, Gérard Muguet, Bayard Canada, 4 ans et plus, ISBN: 9782897704568

Grâce aux enseignements de sa grand-mère, une petite fille autochtone désire rassembler les siens afin de s’opposer à la construction de pipelines qui risquent de contaminer l’eau. Inspiré par les multiples mouvements autochtones dans toute l’Amérique du Nord, cet album poétique qui s’apparente à un chant de ralliement, est en fait une ode à cette ressource naturelle essentielle et vitale qu’est l’eau.

Crédit, photo à la une : Marie Chamberland

Crédit, photo biographie : Jean-Mathieu Chénier