Un siège de voiture vide…

Anne de dos

Ça s’est passé dans la voiture. Je m’en allais écrire dans l’un des cafés où je me cache pour être tranquille et, aussi, me donner le cadre nécessaire pour déjouer mon envie de procrastiner. Puis, ça m’a frappée.

Ma fille n’était pas avec moi. Par réflexe, j’ai regardé à l’arrière et j’ai vu son siège de voiture vide. Pendant une fraction de seconde, j’ai paniqué (où est-elle?) presqu’en même temps que je me suis rassurée (ha…, c’est vrai, elle est à la garderie aujourd’hui…).

Je me suis alors senti envahir par le vide, un vide immense sculpté par son absence ou plutôt, sa non-présence; à première vue, on croirait que cela veut dire la même chose, mais je trouve cette deuxième façon de nommer le trou béant qui m’habitait à ce moment-là beaucoup plus juste; l’image n’en est que plus forte.

« C’est quoi ton problème? », que je me suis dit. Tu avais envie d’écrire, tu écris! Tu avais envie de penser à toi et laisser libre cours à tes aspirations professionnelles montantes, eh bien voilà! C’est fait! Qu’as-tu à dire pour ta défense? »

Qu’est-ce que j’ai à dire? Que je suis une mère, tout simplement! Existe-t-il d’autres façons de vivre la maternité autrement que dans l’ambiguïté, que dans l’ambivalence? (Fanny Britt en parle d’ailleurs beaucoup mieux que moi dans Les Tranchées.)

Odile Archambault écrivait ce matin qu’elle détestait les cases, les étiquettes avec lesquelles on tente désespérément de définir les mères, les parents ou de se définir soi-même. Adeptes du slow parenting, parents hélicoptères, carriéristes, maternelles-maternantes, paternels-paternants, etc. Elle expliquait qu’elle était ce qu’elle était dépendamment des périodes qu’elle traversait dans sa vie…

Peut-être… Mais je suis loin d’avoir fait la paix avec cette partie-là de moi. Rire de toutes ces étiquettes, rire de soi, non, je n’y arrive pas! Du moins, pas encore!

Peut-être qu’il s’agit simplement d’un passage obligé qui marque le retour au travail après le fameux « congé » de maternité (j’ai étiré le mien pas rien qu’à peu près et on a encore plein de temps ensembles, Princesse-Petit-Chat et moi!) C’est drôle, mais je n’ai pas lu tant de trucs que ça sur le (bien souvent inévitable) retour au travail. Comme si on ne devait pas se poser de questions. Comme si ça devait se faire, un point, c’est tout!

« Vas-y ma fille! Sois forte! Ben voyons, t’es pas contente? C’est pas ce que tu voulais, être une mère qui travaille, qui pense un peu à elle? »

bruyère

Suis-je la seule à trouver la transition difficile? Suis-je la seule à être à la fois heureuse de cette ouverture pour « mon petit moi” et, en même temps, prise dans une sorte de sevrage de mon enfant, telle une droguée de l’amour filial, une tatouée du lien parental?

Je voudrais tout avoir! Écrire, me réaliser, m’épanouir en tant qu’individu ET ne rien manquer de mon enfant qui grandit, qui sera bientôt-bientôt moins petit! Ce n’est pas dur à comprendre, il me semble, non? Pourquoi donc faudrait-il choisir? Je suis parfois (souvent) frustrée de devoir freiner l’une ou l’autre de ces pulsions qui m’habitent. Je me bats constamment avec elles; quand l’une prend le dessus, l’autre gronde en sourdine puis explose de tous bords tous côtés pour anéantir toute trace de l’ennemie et reprendre ses droits.

J’ai le droit (souvent l’obligation) de travailler (gagner ma vie, cultiver un talent, une passion) tout comme j’ai le droit d’être là pour mon enfant! Mais il serait fou de penser que d’arriver à faire les deux de manière satisfaisante, c’est une mince affaire! En tant que femme, l’incompatibilité de ces missions  me donne parfois envie de hurler! La rage d’aimer comme on aime son enfant, c’est parfois lourd à porter et je ne le dis pas sans une certaine culpabilité. Je ne suis pas différente des autres…

J’imagine qu’avec le temps, j’arriverai à m’habituer à ma nouvelle routine (qui me remplit de bonheur tout en apportant son lot de deuils), à notre nouvelle vie à elle et à moi. J’imagine que ce n’est qu’une question de temps. Comme avec la fin de l’allaitement … J’avais besoin de retrouver mon énergie, ma bulle et mon corps et, en même temps, je souffrais de ne plus honorer nos petits rendez-vous nocturnes quand toute la maisonnée dormait et où il n’y avait que nous deux… Je dormais avec sa petite couverture aux motifs de papillons doux pour apaiser ma propre “angoisse de séparation”.

C’est un moyen qui en vaut d’autres, les doudous pour mamans! Quand j’écris, je traîne une photo de ma pupuce, une petite veste rose avec des brillants, des autocollants de minions… C’est une solution-dyachilon qui apaise en attendant, en attendant le bon moment…

Et, même si mon besoin de me justifier ici m’exaspère à l’avance, je tiens à vous rassurer en vous disant que je crois fermement que l’une des plus grandes réussites en tant que parents, c’est d’amener son enfant à se  passer un jour de nous… À vivre pleinement sa vie comme il l’entend.

Mais en attendant, je patauge dans le gris. Je jubile ET je m’ennuie! Comment peut-on être aux prises avec des feelings aussi contradictoires!?

Et qui sait si ce paradoxe dont nous sommes porteurs ne durera pas toute une vie… Qui sait si, une fois mon trésor parti, je n’ouvrirai pas la porte de sa chambre un matin, encore tout endormie, en me demandant pourquoi elle n’est pas dans son lit… tout en me rassurant : “Ah oui, c’est vrai, elle n’habite plus ici…”

toys-1284070_1920

Pascale Clavel

Détentrice d'un B.A.C.C. en enseignement et d'une maîtrise en littérature française, Pascale Clavel, une fois devenue la maman de Chacha (5 ans) et Loulou (1 an), a fondé ce blogue afin de concilier ses deux plus grandes passions : célébrer le monde de l'enfance à travers les mots...

Latest posts by Pascale Clavel (see all)

Le plaisir de partager...Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Email this to someone
email

Une réflexion sur “Un siège de voiture vide…

Les commentaires sont fermés.