André

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Bienvenue dans le monde de Mia.

Mia et sa maman, c’est à fois toutes les petites filles et toutes les mamans. C’est un peu de moi, un peu de vous, un peu de tous les enfants qui ont croisé mon chemin… Ce sont les histoires que j’invente, les idées qui me viennent.

Je vais les faire grandir et évoluer pour vous ici, sur le blogue. Ce sera mon atelier de création et, allez savoir si elles sauront toucher votre cœur comme elle l’ont fait le jour où j’ai décidé de leur inventer une vie, une âme… Elles vous feront parfois rire, parfois pleurer… Mais, une chose est sûre : elles vous raconteront tout, dans les moindres détails : leurs souvenirs, leurs petits et grands bonheurs, leurs peines et leurs blessures… Dans l’espoir que cela vous parle…

André, c’est un drôle de monsieur qui vient toujours le dimanche matin échanger des choses au Costco. Il a le visage long et il lui manque des cheveux, là, tout au milieu. Le reste a l’aspect d’une perruque frisée et ça lui fait comme une couronne de clown qui sourit tout le temps derrière ses lunettes (le clown, pas la couronne!).

Je le connais, parce que j’y vais souvent aussi, le dimanche avec maman. Il y a toujours beaucoup de monde et on fait la queue longtemps, longtemps et on a toujours trop chaud dans nos manteaux d’hiver…

C’est étrange; personne ne se parle. Les gens regardent par terre et, parfois, quand je plonge  dans le regard des autres, ils tournent la tête et ont un drôle d’air, un peu comme si on leur avait pincé le bras ou si un gros moustique les avait piqués! Je me demande bien pourquoi. Ma mère dit que c’est parce qu’habituellement, quand on regarde quelqu’un, c’est qu’on a quelque chose à dire et que beaucoup d’adultes n’aiment pas parler à ceux qu’ils ne connaissent pas. C’est dommage parce que moi, j’aime bien regarder les gens même si je n’ai rien de précis à raconter. Je tente de lire leur histoire…

Mais on dirait qu’à André, j’aurais plein de choses à dire.

Il parle tout le temps. C’est comme s’il ne voyait pas le regard des autres s’enfoncer dans le plancher dès qu’on semble vouloir leur adresser la parole. Il ne comprend pas qu’ils jouent à faire semblant d’être tout seuls. J’ai envie de lui dire qu’ils sont nuls de faire ça, mais…

Ma mère dit qu’André, il est différent, mais qu’au fond, ça ne veut pas dire grand chose, puisque tout le monde l’est.

Elle dit aussi que, c’est comme s’il était encore un enfant dans un corps de monsieur. Je comprends parfaitement ce qu’elle veut dire; moi, je suis une sorte d’adulte dans un corps d’enfant, alors c’est un peu pareil.

Une fois, André a expliqué à la dame juste en face de lui que, le dimanche, il y avait beaucoup de monde au comptoir des échanges, qu’il fallait plutôt venir le mercredi, parce que c’est ce que Jacques à la caisse lui avait dit. Il lui a demandé si elle venait aussi échanger des vitamines comme celles qu’il avait achetées pour sa mère. Il parle vite, vite, vite, André et il est un peu drôle. Il a répété sa question deux fois, pour être sûr que la dame avait bien compris.

Elle avait l’air bizarre. Elle s’est mise à s’agiter nerveusement, juchée sur ses longues bottes noires et elle n’arrêtait pas d’agripper le pan de son manteau; un long manteau de femme importante, tout noir aussi, avec une ceinture à la taille.

André la regardait. Il attendait sa réponse. Normal. Moi, je regardais André et j’essayais de lui parler de toutes mes forces avec mes yeux pour le mettre en garde et aussi un peu pour lui expliquer le truc des regards qui fuient quand on devient grands.

La dame s’est retournée. Elle n’a rien dit. Elle a fait comme s’il n’existait pas. Ma mère m’a alors prise par la main, car elle savait que j’avais de la peine pour André. Mais j’étais trop gênée pour le sauver de la dame qui lui avait tourné le dos. Maman aussi était triste. Je le sentais là, dans le creux de sa main.

Puis, c’est arrivé. Maman a souri à André. Le nœud qui grossissait dans ma gorge s’est soudainement défait, léger. Il est devenu poussière.  Je pouvais enfin recommencer à respirer et j’ai senti la peine glisser doucement partout, le long de mon corps. Elle avait disparu, un peu comme si le sol l’avait avalée.

“Oui, c’est vrai qu’il y a beaucoup de monde”, qu’elle a dit, maman. “C’est quelle sorte de vitamines, qu’elle veut, votre mère?”

André lui a raconté que c’était les bleues, pas les jaunes. Et il s’est remis à parler à maman très, très rapidement, comme si les mots couraient, en lui expliquant qu’il habitait près du parc aux mouettes et de la vieille maison verte…

J’ai eu envie de soulever maman jusqu’au ciel en la prenant dans mes bras parce qu’elle avait réussi à libérer mon cœur devenu lourd comme un poing qui se serre; elle avait chassé les nuages qui avait obscurci la vie quand la dos de la dame s’était refermé comme une porte sur une chambre vide.

Pour lire les premiers textes de “Maman et moi”, c’est ici

Maman et moi

Flo

Pascale Clavel

Pascale est la maman de « Princesse-Petit-Chat» (4 ans) et de "Bébé-P'tit-Loup-d'Amour". Avant d'être leur maman, elle était enseignante de français et de littérature, mais elle a aussi eu de précieux moments avec les plus petits, à l'école primaire. Les mots et elle, c'est une grande histoire d'amour qui a officiellement pris son envol sur les bancs de l'Université de Montréal, en création littéraire...

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3 réflexions sur “André

  1. Tournesol dit :

    Émouvant et poétique ! J’ai décidé il y a plusieurs années de sourire à chaque personne que je croise, en randonnée, au restaurant, à l’épicerie, etc. et ça me fait du bien de l’avoir décidé. Je réussis assez souvent à le faire et ça me fait du bien. La plupart du temps, les gens me sourient en retour et ça me fait du bien.

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