Mieux s’adapter à son nouveau milieu

rex-pickar-449110-unsplashPar Isabelle Déry, psychologue et collaboratrice pour la Garderie-maternelle Hibouge et Bilingo

Petit coco a débuté la garderie? Grande cocotte va maintenant à la maternelle ou elle entreprend simplement une nouvelle année scolaire?  Depuis quelque temps, c’est le chaos dans votre maisonnée? Malgré les jours qui s’additionnent, le chaos ne semble pas s’atténuer? Nous sommes plusieurs dans cette situation…

Septembre et octobre résonnent pour bon nombre d’entre nous, fin du congé de maternité, retour au travail et intégration à la garderie du petit dernier ou fin de mémorables et longues vacances familiales et rentrée scolaire des plus grands. Personne n’y échappe, le tourbillon de la rentrée concerne presque tout le monde, surtout les parents dont les enfants sont plus jeunes!

Déjà, plusieurs semaines ont passé, et à la suite d’une grande désorganisation teintée d’anxiété, d’insomnie, de crises, de refus de collaborer, de grande fatigue, parfois d’épuisement, vous pouvez maintenant observer chez certains enfants un retour au calme et à leurs propres habitudes. Malgré cette fatigue découlant du stress de la rentrée qui perdure, ces enfants sont en voie de se réapproprier complètement leur nouveau quotidien : nouvelles personnes, nouvel horaire, leçons et devoirs, routine scolaire, cours, lunchs, etc…

Pour d’autres, le chaos se poursuit. Il se traduit en comportements d’agressivité non habituels, en régression sur des phases de développement déjà acquises, en crise de larmes ou de colère pour ce qui nous, adultes, nous semble des riens… Sans oublier la routine du dodo interminablement longue, les demandes multiples, les pleurs lors des séparations…

Pénélope, 4 ans, qui est normalement douce, crie et ordonne fortement à sa mère d’avoir une collation avant le repas.  Thomas, 6 ans, ne veut plus se brosser les dents seul, tâche qu’il faisait depuis plusieurs mois.  Mélie, 2 ans, ne veut plus s’endormir seule dans son lit.  Olivier, 7 ans, est en colère à la moindre demande de ses parents.

Que se passe-t-il donc avec mon enfant? Comment répondre à ces comportements inhabituels?  Et, Si j’y réponds, vais-je créer une mauvaise habitude? Parfois, comme parents dans notre quotidien trop bien rempli, il peut être déroutant d’assister à ces manifestations de perte de sécurité affective momentanée. Il devient donc encore plus complexe d’y répondre adéquatement…

D’abord, il est primordial d’écouter ce langage d’enfants et d’entendre son message. « J’AI BESOIN D’AIDE!» « JE NE SUIS PAS BIEN ! »

En fait, par ce changement d’attitude ou de comportements, notre enfant utilise ce qu’il peut pour nous signifier qu’il en a beaucoup à gérer, qu’il est débordé!  Il tente de nous indiquer que son coffre à outils ne lui permet pas, dans le moment présent, de répondre rapidement à tous les changements, à toutes les demandes qui surviennent dans ces nouvelles journées. Sa capacité d’adaptation est étirée au maximum et il n’en a plus pour gérer les autres événements qui se passent à la maison, qu’ils soient nouveaux ou non…

Comment prendre soin de mon enfant?

  • Le retour à une routine est primordial.

La routine, l’horaire et le retour à la normal sont importants et nécessaires, car ils nous permettent de vivre dans du « connu » dans notre quotidien, d’être chez soi autant à la maison qu’à l’intérieur de nous. La routine est sécurisante autant pour les petits que pour les grands, mais davantage pour nos cocos qui sont ainsi capables de prévoir à l’avance ce qui arrivera.  Elle permet aux enfants,et ce, même à 18 mois, d’avoir du pouvoir et de l’emprise sur les événements de la journée et, par conséquent, de diminuer au maximum les questions qui surgissent en eux :

Comment je m’habille? Qu’est-ce que je mange pour déjeuner? Qui vient me reconduire à l’école? Avec quels amis je vais jouer aujourd’hui? Quelles seront mes activités de la journée?

Questions qui nous apparaissent anodines pour nous parents. Cependant, pour votre enfant, elles ont pourtant la même importance que :

Qui sera mon nouveau patron? Quels seront mes mandats de travail pour le mois? Quels sont les objectifs à atteindre pour l’année? Quelle sera ma nouvelle équipe de travail?  

Il devient gagnant pour tous de partager, discuter et expliquer la routine de la semaine à nos enfants et plus longuement à ceux qui refusent de collaborer aux tâches pour débuter la journée. Une routine bien expliquée, redondante et même prévisiblement plate, est souhaitable dans ces moments.

Petite activité à faire!

Inscrire sur une feuille, accessible à tous, les tâches à faire et ce qui se passera.  Inclure des dessins pour les plus jeunes peut être intéressant.  Plus vous incluez de détails, plus la routine devient prévisible, plus elle est sécurisante pour l’enfant et, par conséquent, apaisante.  Pour les plus vieux, donnez-leur 1 ou 2 choix réalistes dans votre routine à vous. Par exemple : Est-ce que tu veux t’habiller avant ou après le déjeuner? Brosseras-tu tes cheveux avant ou après tes dents?

Peu importe le choix offert, ce qui est aidant c’est de 1) leur donner une ou deux décisions à prendre, ce qui les motivera et les rendra plus responsable et autonome dans leurs tâches et de 2) respecter leurs décisions, de là l’importance de bien identifier les choix que vous leur offrez…

  • Le sommeil à rétablir au plus vite

Tout le monde le sait : un enfant fatigué est plus enclin à se désorganiser que ce soit par des crises et/ou des pleurs. De plus, les petits qui apprennent à gérer leurs émotions et leur impulsivité ont d’autant plus besoin de repos. Alors, individuellement, nos petits amours sont en plein apprentissage et sont, par l’entremise de la garderie ou de l’école, initiés à une nouvelle vie de groupe : des personnes inconnues qui prennent soin d’eux, de nouvelles règles de fonctionnement, le partage avec d’autres minis, toute l’excitation des nouvelles expériences, la nourriture différente, de longues heures de séparation des parents… Qu’ils soient tout petits ou plus grands, ce nouveau quotidien leur demande une énorme quantité d’énergie, d’autant plus à ceux pour qui la nouveauté est plus dérangeante que stimulante.

Le rétablissement du sommeil permettra donc de recharger complètement leur réserve d’énergie.  N’hésitez pas à devancer de 30 minutes le dodo pour quelques semaines lors de la rentrée… ils en ont grandement besoin.  Tentez de respecter le plus possible la routine du coucher pendant ces semaines et veillez à éviter les écrans après le repas du soir. Vous pouvez tamiser les lumières 30 minutes avant d’aller au lit pour aider la sécrétion de la mélatonine, hormone du sommeil.  Instaurer un moment de calme pendant ce temps, par de la lecture collé-collé, une discussion sur un sujet simple, drôle, positif, sans émotions fortes.

Pour certains enfants, ce 30 minutes signifie de les coucher à 18h30… C’est très tôt et parfois difficile dans nos horaires de travail, mais tentez de la faire le plus souvent possible en joignant, par exemple, la préparation du souper en famille et le retour sur la journée; le bain et les lumières tamisées et/ou la lecture d’un livre tout en relaxant… Il est vrai que la planification d’un souper plus simple est nécessaire et la gestion du retour à la maison, précipitée… Cependant, ce moment de calme joint à une routine du bain et du dodo est ressourçant autant pour eux que pour vous… Les enfants passent un moment beaucoup plus agréable, leur niveau d’excitation est diminué rapidement, ils se reposent avant le sommeil et dorment plus rapidement par la suite…

Ce calme partagé avec eux permet de se retrouver après une longue journée, de répondre à leur besoin d’amour, de sécurité affective et de connexion avec son parent.

Pour les comportements inhabituels de votre enfant, n’hésitez pas à y répondre par la bienveillance et l’empathie. Ces comportements sont des cris à l’aide, il est important de ne pas l’oublier dans notre réponse. Vous pouvez répondre au besoin demandé même s’il s’agit d’une régression à vos yeux.  Dans ces moments de grand chaos, certains enfants vont vérifier s’ils peuvent toujours compter sur leurs parents pour prendre soin d’eux et ils le font en régressant un tout petit peu, un tout petit moment… C’est apaisant et sécurisant de savoir que même si je ne suis pas à la hauteur de mon âge, quelqu’un que j’aime prends soin de moi…

Les prénoms utilisés dans cet article sont fictifs.

Pascale Clavel

Détentrice d'un B.A.C.C. en enseignement et d'une maîtrise en littérature française, Pascale Clavel, une fois devenue la maman de Chacha (5 ans) et Loulou (1 an), a fondé ce blogue afin de concilier ses deux plus grandes passions : célébrer le monde de l'enfance à travers les mots...

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