La capsule “psychoed” (ou la petite histoire de la non-bienveillance)

Par Alexandra Poirier, psychoéducatrice

Avertissement : les conseils et opinions véhiculés dans ces capsules ne peuvent remplacer une consultation en psychoéducation, avec un médecin ou tout autre professionnel de la santé physique ou mentale. Ce texte sert avant tout à faire réfléchir et nous divertir.

L’approche positive, la bienveillance…parfois on a tendance à croire qu’il s’agit d’une mode, d’une approche sans fondement. Mais, savais-tu que cette façon de penser et d’agir est en concordance directe avec l’instinct maternel. Le cododo, le portage, l’allaitement…ne datent pas d’hier! Ces pratiques sont couramment utilisées à travers le monde pour répondre aux besoins de l’enfant ainsi qu’à la femme maintenant devenue mère. L’approche positive et la bienveillance permettent de développer un style parental axé sur l’attachement entre le nourrisson et les parents.

Alors, pourquoi croit-on que cette façon d’être parent est nouvelle, que seulement les parents en marge de la société tendent vers cette façon de voir les choses, de conceptualiser leur parentalité?

Actuellement, en Occident, il semble y avoir plusieurs courants de pensée en ce qui concerne la parentalité. L’une plutôt proximale et attentive aux besoins de l’enfant, l’autre plutôt distale et orientée sur des principes rigides. Il est donc facile de concevoir qu’il peut être ardu pour les nouveaux parents de s’identifier à un ou l’autre…comme si aucune nuance n’existait.

Dans cette petite capsule Psychoed, j’avais envie de vous partager certains faits sociologiques qui expliquent pourquoi, malgré les avancements des neurosciences affectives et les preuves scientifiques des effets bénéfiques de la bienveillance sur le développement de l’enfant, les concepts de la parentalité distale sont encore véhiculés dans la société actuelle.

Une partie des raisons réside dans des pratiques héritées d’une puériculture élaborée dans les collectivités d’enfants abandonnés. Entre le 17e et le 19e siècle, plusieurs enfants furent abandonnés : absence de contraception, pauvreté, guerres et viols, rejet des femmes enceintes hors mariage et de leurs bébés, etc. Pendant cette période, c’est la communauté religieuse qui a recueilli des centaines d’enfants, et ce, pour en assurer leur survie. Seulement quelques personnes veillaient aux soins de nombreux enfants. C’est donc dans une optique d’optimisation que certains choix ont été faits ; soins de base en série, alimentation de substitution, horaires et règlements stricts, peu d’observation et d’interactions. Ces pratiques, quoique douteuses, reflétaient une logique selon le contexte dans lequel elles ont été développées ; l’objectif premier était la survie.

Plusieurs (fausses) croyances ont ressurgi de cette époque, et persistent encore à travers les années. Le bébé était un tube digestif avec une alarme, lorsqu’il avait faim, il se réveillait et pleurait. Quand il avait mangé, il dormait. Il était également nécessaire et essentiel de lui donner de bonnes habitudes et de le régulariser, afin qu’il ne devienne pas trop exigeant et manipulateur. (On se positionne à cette époque – une religieuse pour des dizaines de poupons).

  • Le faire manger aux 3 heures.
  • Le faire patienter même s’il pleure.
  • Le réveiller s’il dort trop longtemps.
  • Si le bébé pleure et qu’il a mangé, que sa couche est propre, il fait des caprices.
  • Le laisser pleurer, il va finir par se rendormir.
  • Plus on s’en occupe, plus il deviendra exigeant et insupportable. Il ne faut pas trop le prendre dans les bras, pour ne pas le gâter.

Savez-vous d’où provient le mot puériculture? Il fut créé au milieu du 19e siècle, moment où la médecine a commencé à théoriser les soins donnés aux enfants sans mère. Il vient du mot latin puer – qui signifie « enfant ». C’est la même construction étymologique que les mots apiculture (apis/abeille) ou aviculture (avis/poisson). En d’autres mots, il s’agit de cultiver ou d’élever des êtres vivants dans une optique de rendement optimal – pour la puériculture, le rendement était la survie des enfants sans famille. La puériculture de collectivité fut un succès ; la rigidité des soins, les règles d’hygiène stricte, la stérilisation des biberons et la pasteurisation du lait de vache firent drastiquement chuter la mortalité infantile en un an.

Des solutions gagnantes…mais à quel prix?

Vers le 20e siècle arrivèrent les maternités publiques destinées aux femmes sans famille, en détresse sociale ou ayant un état de santé négligeable. Les mêmes techniques étaient appliquées. Le bébé devait apprendre à rester seul, à l’écart, ses besoins devaient se limiter à l’alimentation et à l’hygiène, il devait apprendre que pleurer pour autre chose ne déclencherait aucune réaction de la part des parents…s’en occuper risquait de le rendre exigeant. Bref, le bébé était considéré comme un petit être passif, souffrant et non compétent. Malgré le contexte socioculturel changeant, le corps médical, ayant constaté les résultats positifs sur la survie des poupons, transmettait les méthodes drastiques ainsi que les croyances de la puériculture de collectivité. L’instinct maternel perdait de son importance, on dictait aux femmes quoi faire et comment le faire. Vous comprendrez qu’à cette époque, l’allaitement, le « peau à peau », le cododo ou le parentage proximal n’étaient pas du tout en vogue!

À cela s’est également ajoutée l’industrialisation entourant la maternité et la parentalité. C’est l’époque de la commercialisation des berceaux, des lits à barreaux, des biberons, du substitut de lait, etc. Rapidement, la parentalité distale est devenue une norme…inébranlable.

Et aujourd’hui…

Plusieurs générations ont appris et accepté les croyances et conseils de la puériculture de collectivité. Cela produit encore des effets à notre époque…en 2021.

« Laisse-le pleurer, il doit comprendre que tu ne peux pas toujours être là – ça va faire ses poumons ».

« Fais le dressage au sommeil – ce n’est pas grave même s’il pleure ».

« Il te manipule, c’est certain! Il arrête de pleurer quand tu le prends ».

« Tu allaites encore? T’as pas peur de le rendre dépendant ? ».

« Quoi? Tu dors avec ton bébé…ça aucun sens, il devrait dormir dans sa propre chambre ».

« Bon, tu l’as encore dans le bras… ».

Avec ces représentations et croyances en arrière-fond culturel ainsi qu’avec toutes les incohérences générées par la coexistence de plusieurs courants de pensée, la mise en application des principes de la bienveillance et de l’approche positive peut être difficile pour les nouveaux parents. Difficile à appliquer d’une part, mais également difficile à défendre.

Plusieurs nouveaux parents sont persuadés des bienfaits de l’approche positive et de la bienveillance sur le développement de leur petit trésor. C’est ancré dans leur quotidien, dans leurs valeurs familiales. Et malgré cela, lorsqu’ils sont exposés à la vue de tous, hors du nid, de la bulle d’amour qu’ils se sont créée, ils sont sévèrement pointés du doigt.

Même si nous sommes tous actuellement dans nos bulles familiales respectives, les discussions en lien avec l’éducation de nos touts petits peuvent rapidement devenir le centre d’intérêt de matante Gisèle et mononcle François! (Comme s’il s’agissait d’une affaire collective!) J’avais envie de vous donner quelques « munitions » pour défendre vos valeurs et votre style parental! Oui, la puériculture de collectivité avait du sens…au 17e siècle, pas en 2021! On entend de plus en plus les raisons qui sous-tendent l’aspect positif de la bienveillance, mais rarement l’envers de la médaille avec la parentalité distale. S’informer demeure, selon moi, la meilleure solution pour rester en équilibre lorsque nous sommes confrontés à des divergences d’opinion et de conseils non sollicités.

 Petite note : Vous avez décidé en tant que couple parental que bébé dormirait dans sa chambre parce que tout le monde dort mieux…merveilleux! Tu as décidé de donner le biberon à ton bébé…tes seins, ton choix! Cette petite capsule ne se veut pas culpabilisante, au contraire! La parentalité distale comprend une multitude de comportements, d’attitudes et de croyances. L’important, c’est de faire des choix en toute connaissance de cause, de façon éclairée et surtout, dans l’intérêt de l’enfant!

Pour connaître les services d’Alexandra ou la contacter, visitez son site web juste ici!

Alexandra Poirier

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