Un nouveau bébé…

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Aujourd’hui, j’ai l’impression que je suis mère depuis toujours… J’ai  sauté sur le rôle : il était fait pour moi. Je maîtrise à présent mon texte et livre une performance que je qualifierais de bien honnête. Qu’en sera-t-il lorsqu’on en modifiera les lignes? Mon personnage me colle si bien à la peau… Nous avons atteint cet état d’équilibre béni, avons tellement bien appris à nous connaître. Qu’est-ce qu’on dit, déjà? Que le spectacle doit continuer?

Il y a peu de temps, je vous présentais ma sœur sur Un Autre Blogue de Maman. Je vous parlais de nos différences, mais aussi de nos similitudes qu’on a longtemps ignorées pour mieux exister et se forger une identité…

Vous savez tous aussi que je rêve d’un deuxième enfant. Ce désir d’enfant ne se présente pas du tout comme la première fois. Pour fille adorée, je le vivais comme un besoin vital, une nécessité. Tout de suite après avoir franchi le cap de la trentaine, je n’arrivais plus à me définir autrement que par ce passage (que je voulais) imminent vers la maternité.

Pour ce deuxième bébé, c’est différent. Je le vois comme une façon d’embellir notre vie, de renouveler l’équilibre atteint. Un peu comme une nouvelle aventure, mais, qui durerait toujours. Plus les jours s’égrènent, plus ce désir prend de la place, plus il se fait présent; à 36 ans (outch!), j’absorbe le manque de sommeil avec plus de difficulté qu’avant, malgré mes steppettes de fille qui s’entraîne ça et là pendant que la vie, elle, continue de courir. Où s’en va-t-elle, comme ça, avec ses skis??? Elle pourrait au moins nous prévenir, question qu’on ne se réveille pas le matin avec cette impression d’avoir manqué un truc. On n’a pas pris de notes; on oublie, on s’oublie. Tic, tac, tic, tac…

Vient ensuite l’ultime question : Comment réagira ma grande fille à la venue de son petit frère ou de sa petite sœur? Elle me parle de cet enfant imaginaire avec beaucoup d’enthousiasme, mais, on est encore à l’étape du rêve, du fantasme… Quand elle aura à partager notre amour, notre temps, notre patience (!), qu’en sera-t-il vraiment?

Automne 2011 : on est à la Brioche Dorée, en Bretagne. Deux exilés, mon homme et moi, qui essaient de se préparer un avenir… et de manger un p’tit déjeuner. Baguette, beurre, confiture de fraises, yaourt, café. Toujours la même chose. On a besoin de ce rituel, de cette impression de (ré)confort, de déjà vu dans cette montagne de premières fois. C’était l’époque du “juste nous deux”, pas encore d’enfant. Une maman s’installe avec son bébé, son grand et ce que nous croyons être sa sœur (la tata, comme ils disent). Ils ont choisi la table d’à côté.

La jeune maman est aux anges, elle berce et câline son nouveau trésor (une fille!) pendant que son petit garçon se met à trépigner, debout, à côté d’elles, incapable de s’asseoir tellement ce spectacle le bouleverse. Il se met à pleurer. De petits gémissements, puis, de gros sanglots rauques de douleur. Je regarde mon homme. Il sait que je sais. Il sait que ce genre de scène m’habitera pendant au moins deux semaines; il a choisi une grande sensible pour l’accompagner dans la vie. Il en rira gentiment plus tard…

Le petit saisit une chaise et la pousse vers sa mère, qui tient le bébé. Il crie ainsi sa douleur. Il vit sa toute première et plus grande peine d’amour. Amant jaloux, il revendique son droit d’être le seul, l’unique…

“Non, mais, ça va pas!?”, que lui dit sa mère, furieuse.

Il s’en est fallu de peu pour que la tête du bébé soit touchée.

“Allez, donne un bisou à ta sœur”, qu’elle lui demande ensuite, en approchant la petite tête de poussin duveteuse près de l’enfant. Il s’exécute, docile. Il demeure inconsolable, jusqu’à l’arrivée du papa. Il se jette alors dans ses bras, s’empare de son amour comme on s’arracherait un prix de consolation.

“Je ne sais pas comment tu fais?”, lui chuchote alors la tata, qui a assisté à la scène en écarquillant les yeux, stupéfaite.

Oui. C’est vrai. Et moi, dans tout ça? Comment arriverais-je à gérer? Ici, là, maintenant.

Comment vais-je pouvoir offrir du temps à ma grande, alors que les premiers mois de vie d’un bébé ne sont que don de soi, dévotion, abnégation? On a beau nous dire qu’il faut se garder du temps pour une manucure ou pour lire du Proust, mais on sait toutes que tout ça, c’est un peu de la schnoutte…

Comment vais-je pouvoir faire de la place à ma cocotte no. 1, alors que je serai “à la merci” d’un nouveau petit être dont tous les besoins à combler dépendront de moi?

« Mais il y a papa, là-dedans! », que vous allez me dire.

Oui. Il y a papa. Mais si j’allaite comme la première fois, papa ne me sera d’aucun secours. Papa ne pourra pas non plus se téléporter magiquement dans la pièce une fois passé le congé de paternité… Papa travaille. Papa finit parfois tard. Même s’il fait tout pour être présent. Même si notre équipe  est bien rodée, bien administrée par deux têtes complémentaires… et deux cœurs remplis d’amour pour pallier les imperfections.

Voyez ici que je vous livre mes  angoisses telles qu’elles se présentent dans mon esprit. Elles n’ont pas toutes été “rationalisées”, c’est clair.

Le fait est que, devant l’inconnu, le cœur s’emballe et la tête n’y peut rien.

En même temps, j’ai très hâte d’avoir cet enfant! Je me sens tout de même plus confiante. J’ai beaucoup moins ce syndrome de l’imposteur qui m’habitait au début, avec ma puce. “Moi, maman!? Vous voulez rire?!”

La maternité m’est passé à travers une fois. Je suis immunisée (en partie) contre le choc. Celui qui nous secoue l’être entier et qui nous pousse à nous redéfinir, à nous reconstruire en tentant de ramener à nous les parcelles de notre identité qui flottent, éparses, une fois que le bateau commence à prendre l’eau.

La naissance d’un enfant prend parfois des allures de naufrage tout en étant le plus grand départ de notre vie.

On doit garder en tête qui l’ont est, quand on a un enfant. Le risque de se perdre, de ne plus s’appartenir devient trop grand, puisqu’on n’existe qu’à travers cet autre être humain.

Par expérience, je suis à même de comprendre que cette symbiose est appelée à s’évaporer au fur et à mesure que l’enfant grandira. Mais comment ma grande pourra-t-elle savoir? Quels mots devraient-je employer pour la rassurer et lui faire comprendre que maman est toujours là, malgré ces absences continuelles, malgré ces “trous” à notre routine de câlins habituelle?

Comment faire pour qu’elle se réinvente elle-aussi au sein de notre famille alors qu’elle est tellement petite pour comprendre ces choses de grands?

Demain, Naissance-Renaissance Estrie se prononce…

Merci à Anna Monde Photographe pour la photo à la une.

Pascale Clavel

Détentrice d'un B.A.C.C. en enseignement et d'une maîtrise en littérature française, Pascale Clavel, une fois devenue la maman de Chacha (5 ans) et Loulou (1 an), a fondé ce blogue afin de concilier ses deux plus grandes passions : célébrer le monde de l'enfance à travers les mots...

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